Discussion avec Eve Paré

Directrice générale de l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo)

Eve Paré est une triple diplômée de l’ESG UQAM avec un baccalauréat en économique (1999), une maîtrise en économique (2001) et un programme court de 2e cycle en responsabilité sociale des organisations (2021).

Elle détient également un DESS, administration publique internationale de l’ENAP et une certification universitaire en gouvernance des sociétés, double désignation (ASC, C.Dir.) du Collège des administrateurs de sociétés.

Nous avions quelques questions pour elle, alors bonne lecture!

Diplômée de l’ESG UQAM:
Baccalauréat en économique (1999)
Maîtrise en économique (2001)
Programme court de 2e cycle en responsabilité sociale des organisations (2021)

Vous êtes une triple diplômée ESG UQAM, un réel attachement à l’École! Pourquoi avoir choisi l’ESG UQAM?

J’ai d’abord choisi l’ESG UQAM principalement pour sa localisation : c’était beaucoup plus facile de se rendre au centre-ville pour étudier. Ce n’est qu’après, que j’ai réalisé la chance que j’avais d’être aussi bien tombée!

J’ai fait le baccalauréat et la maîtrise en science économique, l’un après l’autre. À la fin des années 90, il n’y avait pas beaucoup d’emplois pour les bacheliers en économie, pour avoir une véritable reconnaissance sur le marché du travail il fallait la maîtrise. J’ai donc poursuivi à la maîtrise sous la supervision de l’émérite Pierre Fortin. J’avais choisi mon directeur avant de choisir le sujet.

Quel a été votre parcours depuis?

À l’époque, j’ai choisi de rester à Montréal pour des raisons familiales tandis que mes collègues partaient, pour la plupart, à Ottawa ou Québec. Par chance, un professeur m’a mis en contact avec quelqu’un qui cherchait un économiste, ouvrant ainsi la voie à ma carrière d’analyste de marché pour l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Cette expérience m’a introduite au milieu associatif, orientant le reste de ma carrière.

En tant qu’économiste, je réalisais des études de marché et rédigeais les mémoires qui servaient aux représentations de l’association pour défendre les intérêts de ses membres. Passionnée par l’influence sur les pouvoirs publics, j’ai exploré divers domaines tels que les affaires publiques et le lobbying en travaillant pour les Producteurs laitiers du Canada à Ottawa.

Ressentant le besoin d’une formation complémentaire, j’ai suivi un DESS en administration publique à l’ENAP. Je suis ensuite revenue à Montréal, toujours dans le milieu agricole en travaillant pour les Éleveurs de porc du Québec, évoluant vers des postes de gestion et développant une vision stratégique globale.

Mon parcours s’est basé sur ma formation en économie à l’ESG UQAM, me permettant de considérer divers points de vue et de mieux argumenter. J’ai ensuite choisi de changer de domaine et suis passée au secteur du tourisme en rejoignant l’Association des hôtels du Grand Montréal, ce qui m’a ouvert les yeux sur l’étendue de cette industrie.

J’ai ensuite décidé de retourner à l’ESG UQAM pour approfondir mes connaissances en responsabilité sociale des organisations par le biais d’un programme court.

Après avoir soutenu l’industrie du tourisme pendant la pandémie, j’ai saisi l’opportunité de rejoindre l’ADISQ pour continuer à évoluer professionnellement.

Vous étiez dans le milieu hôtelier en pleine pandémie, est-ce que vous y avez connu vos plus grands défis?

Avec la pandémie, je me suis découvert des aptitudes pour la gestion de crise, un sang-froid, une capacité d’analyse sous pression et de réponses efficaces rapides.

En quoi consiste votre rôle à l’ADISQ en tant que directrice générale?

L’ADISQ est un nom largement reconnu, ce qui est nouveau pour moi dans ma carrière : je n’ai plus besoin d’épeler l’acronyme, tout le monde sait de quoi il s’agit. À l’origine conçue par l’industrie pour se forger une vitrine, l’ADISQ a, au fil des années, développé l’aspect associatif. L’ADISQ rassemble les entreprises gravitant autour de l’artiste, mais elle ne se fait pas la voix de l’artiste elle-même.

Mon rôle est de représenter les intérêts de ces entreprises au sein de l’ADISQ, une association québécoise avec une portée qui s’étend également à la francophonie canadienne.

Mon équipe se compose d’une vingtaine de personnes et nous nous occupons de divers aspects de l’industrie musicale. En plus des galas, nous offrons une formation approfondie aux métiers de la musique. Nous jouons également un rôle clé dans la négociation des ententes collectives.

Votre parcours est majoritairement dans le milieu associatif, pourquoi? Quelles aptitudes particulières pour œuvrer dans le domaine associatif?

Pour bien comprendre la réalité, les défis et les enjeux des gens, il est essentiel d’aimer les autres, de s’intéresser à eux et de rester ouvert d’esprit pour refléter cela dans nos positions à défendre.

Dès le début, j’ai réalisé que j’avais besoin d’aller sur le terrain, de rencontrer des personnes, de m’intéresser à leurs histoires et de les écouter. C’est cette curiosité et cette volonté d’être polyvalent qui me permettent de jongler avec divers dossiers chaque jour, souvent complexes et complets. Une certaine agilité mentale est donc nécessaire pour réussir dans ce domaine.

En tant que gestionnaire dans le domaine de la culture, en quoi cette gestion est différente? Quels sont les enjeux particuliers de ce domaine?

J’arrivais dans ce secteur là avec une approche très cartésienne : quels étaient les enjeux d’affaires? Puis j’ai réalisé dans mes toutes premières semaines en poste qu’il y avait une dimension humaine beaucoup plus forte que ce que je pensais. Que ce soient les questions d’inclusion, de diversité, de langues autochtones, jusqu’au « Me too ».
Par rapport aux types de membre, c’est une association et un domaine très hétérogènes. Car en musique, ce sont des entreprises et des parcours différents : il y a des maisons de disque, de la production de spectacle, des gérants, du pistage radio, des relations de presse, etc.

Ce qui m’habite beaucoup l’esprit actuellement c’est l’impact des changements technologiques sur la culture en général, et en particulier la musique. On pense beaucoup à l’intelligence artificielle. C’est loin d’être un enjeu simple. Il y a des choses positives, il y a beaucoup de préoccupations, comment ça va inévitablement impacter le travail des différentes entreprises.

Comment le côté « Sortir du cadre » se fait ressentir dans votre travail? Et est-ce que votre côté « Sortir du cadre » vient de votre passage à l’ESG UQAM?

Je te dirais que la formation en économie est, de par sa nature, moins propice à la créativité, car c’est très normé, très mathématique. Par contre, le sens critique que j’ai développé vient de mon passage à l’ESG UQAM. L’esprit d’analyse 360, car il est important de ne pas regarder avec des œillères et qu’un seul point de vue.

Auriez-vous un conseil à donner à un·e étudiant·e (en sciences économiques)?  

La science économique est super intéressante. C’est avant tout, une lunette d’analyse. L’économie te permet de faire tellement de choses. Ça ouvre tellement d’horizons. Ne t’empêche pas de t’intéresser à beaucoup d’autres choses car ça s’amalgame toujours très bien avec la science économique et il n’y a pas de limite à ce que tu peux faire avec ton diplôme!

Merci à Eve Paré pour cette discussion très intéressante.