Discussion avec Louise Champoux-Paillé

ASC Émérite

Louise Champoux-Paillé, une fière diplômée de la maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’ESG UQAM en 1987, a également obtenu un baccalauréat en sciences économiques de l’Université Laval, une maîtrise en muséologie de l’UQAM et une certification en gouvernance du Collège des administrateurs de sociétés.

Depuis l’hiver 2017, elle s’investit en tant que mentore à l’ESG UQAM, démontrant un parcours impressionnant et inspirant. Elle incarne l’essence de l’École par son altruisme et ses engagements.

Louise est une personnalité distinguée, membre de l’Ordre du Canada, chevalière de l’Ordre national du Québec, Fellow de l’ordre des administrateurs agréés du Québec, et lauréate de prix de distinction de l’UQAM et de l’Université Laval. En 2014, elle a été honorée par un prix du Gouverneur général du Canada en reconnaissance de son engagement en faveur de la promotion des femmes aux plus hauts échelons de nos organisations. Louise Champoux-Paillé a, à ce jour, reçu 25 distinctions et reconnaissances pour souligner sa carrière et ses implications. À travers tout ce parcours, Louise porte l’UQAM et l’ESG UQAM dans son cœur.

Nous avions quelques questions pour elle, alors bonne lecture!

Diplômée de l’ESG UQAM:
Maîtrise en administration des affaires (MBA, 1987)

Pourquoi avoir choisi l’ESG UQAM?

Économiste de formation, j’ai travaillé dans le domaine des prévisions, que ce soit pour l’anticipation de l’achalandage à l’Aéroport de Montréal, les prévisions de dépôts et de prêts pour une banque, ou encore dans le domaine du marketing. À l’origine, je n’avais pas suivi de formation spécifique en gestion, mais plutôt en sciences économiques, c’est bien différent.

En 1986, j’ai pris la décision de retourner aux études pour entreprendre un MBA à l’ESG UQAM, ce qui s’est avéré être le socle de ma carrière. Notre groupe, composé d’environ 25 à 30 personnes, bénéficiait d’une qualité d’enseignement exceptionnelle. Parmi nous se trouvaient des étudiant·es principalement québécois·es, mais également des participant·es internationaux et venant de divers horizons professionnels, tels que le domaine de la santé ou de l’ingénierie. Cette diversité nous a permis d’affronter des situations variées et de trouver des solutions novatrices, enrichissant nos perspectives et idées.

À l’époque, la diversité culturelle n’était pas aussi répandue à Montréal. C’est alors que j’ai compris que pour être une dirigeante efficace, il était essentiel de m’entourer de personnes aux perspectives variées, venant de différents pays et secteurs. Cela m’a ouvert à de nouveaux horizons et à des approches innovantes.

J’ai réalisé que la diversité des compétences et des origines constitue la plus grande richesse.

Pourquoi avoir choisi d’étudier en muséologie?

J’ai toujours rêvé d’étudier en muséologie. Dans ma jeunesse, mon père, vétéran de la guerre, trouvait du réconfort dans les musées quand il était en congé. Chaque mois, à son retour au Québec, il m’emmenait au musée national de Québec, me guidant à travers les expositions tout en partageant des histoires captivantes liées aux objets exposés. Ses récits donnaient une profondeur et un sens particulier à chaque visite. À l’époque, je m’imaginais plus grande, guidant à mon tour des visiteurs à travers les musées en partageant de précieuses histoires.

Les deux années que j’ai dédiées à acquérir les connaissances et compétences en muséologie m’ont apporté beaucoup de bonheur. Le programme de formation était organisé avec l’École du Louvre à Paris, où nous avons passé deux semaines. Durant cette période, j’ai eu l’opportunité de guider un groupe d’enfants à travers une partie de la collection du Louvre. Ça a été une belle réalisation!

En 2008-2009, j’ai concrétisé une partie de mon rêve en devenant guide au Musée des beaux-arts de Montréal. Mais les contraintes de temps que j’avais en m’impliquant sur des conseils d’administration ont finalement rendu cette passion difficile à poursuivre.

Votre parcours est vraiment impressionnant, de quoi êtes-vous le plus fière?

Être une combattante est une part essentielle de ma vie, surtout pour les causes qui me tiennent le plus à cœur. J’ai défendu les droits des femmes, la diversité et la santé des enfants, une cause qui a profondément marqué ma vie. Ainsi, la santé des enfants est une préoccupation qui me tient profondément à cœur, motivant mon engagement à l’hôpital Ste-Justine afin de garantir aux enfants les meilleurs traitements possibles.

Je suis fière de n’avoir jamais abandonné, d’avoir toujours eu la conviction que je pouvais apporter une contribution significative. Pour moi, il est primordial de reconnaître notre responsabilité individuelle de provoquer des changements dans notre société, que ce soit au sein de notre famille ou ailleurs.

Contribuer à apporter une transformation, à pouvoir dire « j’ai joué un rôle dans le changement », c’est cela qui donne un sens profond à ma vie. L’audace et l’engagement envers la création d’une société meilleure sont les éléments qui définissent ma différence.

Vous êtes impliquée sur des conseils d’administration depuis plusieurs années. En tant que femme, avez-vous ressenti un plafond de verre?

Au sein des conseils d’administration, c’était principalement des hommes de 60 à 70 ans, PDG d’organisations, il y avait un manque de diversité et d’équité.

Dans les années 80, j’ai décidé de promouvoir la place des femmes, malgré les réticences de certaines à être choisies en fonction de leur genre. J’ai souvent été la seule femme dans les conseils d’administration des années 90, consciente de la représentation de genre.

Actuellement, je continue à encourager la participation des jeunes et des femmes, l’audace et de la diversité sont indispensables pour équilibrer la dynamique au sein d’un CA. Il est regrettable que parfois l’inclusion d’une femme au sein du conseil d’administration se fasse davantage pour satisfaire des critères que pour véritablement valoriser la diversité.

Il faut faire la différence en diversité et représentation. Je suis une femme, je ne suis pas la diversité. Ce qui compte pour moi, c’est la représentation féminine ainsi que la diversité sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’origines ethniques, d’âges ou d’une diversité intergénérationnelle. Chacun, quel que soit son profil, peut apporter une contribution significative dans la transmission de connaissances et de savoir-être.

Avant même qu’on parle d’EDI, vous étiez déjà engagée à promouvoir et encourager la diversité et l’équité au sein des entreprises et des CA. Est-ce que vous voyez une évolution?

Depuis mes débuts sur le marché du travail, j’ai constaté une évolution, mais s’agit-il d’un changement réel?

Au début, le changement semblait être principalement superficiel, axé sur une quête de diversité et d’équité pour créer l’illusion d’une transformation. Aujourd’hui, l’objectif est de véritablement transformer les organisations en profondeur.

Bien que des changements significatifs s’opèrent, ils se produisent à un rythme lent, presque homéopathique. On peut se demander si, dans 50 ans, la société sera réellement plus équitable. J’ose espérer, mais ça ferait du bien que ça aille plus vite!

À mes yeux, il y a toute une génération en quête de sens, et si elle ne perçoit pas des changements tangibles au sein des organisations, elle risque de se désengager. Il est crucial d’insuffler une dynamique plus rapide pour éviter que cette génération ne se sente déconnectée et perdue.

Est-ce que vous avez eu quelqu’un qui a joué un rôle de mentor pour vous?

À cette époque, ça n’existait pas! J’ai acquis mes compétences sur le terrain. Dans les années 1986-1987, le Québec Inc prenait forme, marquant une période où la conscience émergeait quant à notre capacité à induire un changement dans la société. Le programme que j’ai suivi à l’ESG UQAM avait pour objectif de nous sensibiliser à notre contribution en tant que Québécois et Québécoises au sein de notre communauté. Nous étions perçus comme des agents de transformation.

À l’époque, lorsqu’on parlait des MBA, c’était généralement associé à ceux formés aux États-Unis. Cependant, ce cours nous a révélé que nous avions toutes les compétences nécessaires pour opérer ces changements et qu’il existait des personnes qui croyaient en nous. C’était une période cruciale pour prendre conscience de notre potentiel et devenir des catalyseurs de changement.

Il est essentiel, surtout pour les jeunes, de bénéficier de cette assurance, de savoir que des personnes croient en eux et de recevoir le soutien nécessaire. C’est l’esprit ESG UQAMien qui a alimenté cette flamme en nous!

Il est également important de reconnaître que le mentorat peut être bidirectionnel, avec la possibilité d’un mentorat inversé. Dans notre société en constante évolution, empreinte d’incertitude, l’humilité devient essentielle. Nous devons être conscients que nous ne détenons pas toutes les connaissances nécessaires. Les personnes venant d’horizons différents, de différentes générations, peuvent nous permettre de devenir de meilleurs gestionnaires et administrateurs.

Ainsi, il est impératif d’avoir l’humilité de reconnaître et d’apprécier les contributions des autres dans notre vie professionnelle.

Vous êtes impliquée en tant que mentore depuis plusieurs années auprès des femmes, auprès des étudiant·es, comment cela a commencé?

En 1978, j’ai accédé à mon premier poste de gestion à la Banque Nationale. À ce moment-là, j’avais décidé de mettre tout en œuvre pour partager mon expérience avec la personne qui allait me succéder. C’est ainsi que j’ai entamé mes premières démarches en tant que mentore. Initialement axé sur le mentorat pour les femmes, mon engagement s’est élargi pour inclure tout le monde.

Il y a des enseignements que l’on acquiert sur les bancs de l’école, mais le savoir-être au sein des organisations se transmet de personne à personne. La confiance en soi également. En début, voire au milieu de sa carrière, il arrive que l’on doute de ses compétences, que l’on ne perçoive pas pleinement notre valeur au sein d’une organisation.

C’est là que j’ai décidé de m’investir en travaillant avec des personnes pour les aider à prendre conscience de leur valeur ajoutée. Découvrir cette valeur ajoutée peut parfois nécessiter le regard avisé d’une autre personne, ouvrant ainsi la voie à une croissance personnelle, à l’atteinte de nouveaux sommets et à la réalisation de ses rêves.

Est-ce qu’il y a un conseil ultime que vous donneriez à quelqu’un qui commence à un poste de gestion? Le conseil que vous donnez le plus souvent?

« Je te fais entièrement confiance, tu vas réussir, et je vais te soutenir tout au long de ton parcours! »

Lorsque tu représentes quelque chose pour quelqu’un, il est essentiel que ton nom ait une signification. Ainsi, si tu es important pour quelqu’un d’autre, tu as déjà accompli beaucoup.

En effet, à travers le mentorat, je guide des individus, mais ces personnes à leur tour contribueront à aider d’autres. C’est une manifestation de la confiance envers les talents de chacun.

Le mentorat crée des chaînes de bonnes actions! C’est un processus où la confiance et l’entraide se propagent, formant ainsi un réseau de bienveillance et de succès.

Merci à Louise Champoux-Paillé pour cette discussion très intéressante.